Sur un marché saturé, la capacité d’une entreprise à identifier correctement ses concurrents et à prioriser les actions face à eux fait souvent la différence entre croissance et stagnation. Ce guide synthétique explique les types de concurrence, leurs implications stratégiques et propose un modèle pratique pour cartographier et classer les concurrents. L’objectif est d’aider une PME ou une unité commerciale à concentrer ses ressources sur les menaces les plus pertinentes et à construire une réponse adaptée.
Types de concurrence et conséquences pratiques
Il est utile de distinguer trois grands types de concurrence : directe, indirecte et potentielle. La concurrence directe réunit des offres très proches, destinées à la même cible. C’est le cas d’une boulangerie artisanale et d’une chaîne locale proposant des pains semblables sur le même quartier. La concurrence indirecte concerne des solutions différentes répondant au même besoin : pour se déplacer, un client peut préférer le train, le covoiturage ou la voiture individuelle. Enfin, la concurrence potentielle comprend des entrants possibles ou des substituts technologiques qui peuvent bouleverser rapidement la donne, comme une fintech menaçant des acteurs bancaires traditionnels.
Chaque type impose des actions distinctes : la concurrence directe exige souvent des mesures tactiques immédiates (prix, qualité, service), la concurrence indirecte appelle à clarifier le positionnement et à créer des bundles de valeur, et la concurrence potentielle nécessite une veille technologique et des barrières à l’entrée (brevets, partenariats, écosystèmes clients).
Structures de marché et stratégie
La structure du marché influe aussi sur la stratégie. Dans une concurrence parfaite, le prix est l’arme principale et la différenciation limitée. Dans un monopole, l’effort porte sur la préservation des barrières et la régulation. Dans un oligopole, la coordination implicite entre quelques grands acteurs et la pression réglementaire imposent des investissements élevés et une gestion attentive des relations publiques et tarifaires. Comprendre où se situe son entreprise permet de choisir les leviers prioritaires : marketing et marque, innovation produit, coût et efficacité opérationnelle.
Modèle opérationnel pour cartographier les concurrents
Pour rendre l’analyse exploitable, proposez un modèle simple de scoring pondéré. Sélectionnez 5 critères pertinents, assignez-leur un poids selon votre contexte, puis notez chaque concurrent de 0 à 5 sur ces critères. Exemple de critères : similarité produit (30 %), part de marché (25 %), capacité d’innovation (20 %), accès client (15 %), politique tarifaire (10 %). La somme des scores pondérés permet de classer les concurrents par niveau de menace.
Interprétation pratique : un score élevé indique une menace immédiate à traiter (actions commerciales, promotion, ajustement de l’offre). Un score moyen justifie une surveillance active et des mesures préventives. Un score faible reste dans la veille stratégique mais demande moins d’efforts directs.
Application pas à pas
- Inventorier 5 à 10 concurrents pertinents à partir de données publiques, retours clients et observations terrain.
- Choisir et pondérer les critères selon votre secteur et vos priorités (ex. : pour une start-up tech, l’innovation pèse plus).
- Attribuer des scores 0–5 pour chaque critère et calculer le score pondéré total.
- Classer les concurrents en catégories : menace immédiate, menace secondaire, menace lointaine.
- Définir pour chaque catégorie un plan d’action clair : contre-mesures à court terme, initiatives à moyen terme, veille stratégique.
Exemples d’actions selon la catégorie
Menace immédiate : campagne promotionnelle ciblée, amélioration rapide du service client, optimisation des canaux de vente locaux. Menace secondaire : renforcement du positionnement de marque, partenariats pour élargir l’accès client, tests A/B produit pour valider des améliorations. Menace lointaine : construction de barrières (brevets, exclusivités), surveillance technologique et constitution d’une réserve stratégique de ressources.
Outils et indicateurs à surveiller
Installez une routine de veille combinant sources numériques (réseaux sociaux, avis en ligne, alertes Google), données de marché (parts de marché, rapports sectoriels) et retours terrain (enquêtes clients, observations en magasin). Mesurez régulièrement le trafic web, le taux de conversion, le coût d’acquisition client et la rétention, car ces indicateurs reflètent souvent les mouvements concurrentiels avant qu’ils n’apparaissent dans les chiffres de vente.
Classer ses concurrents n’est pas un exercice académique mais une méthode pragmatique pour allouer ses ressources de manière efficace. Une grille de scoring simple, appliquée régulièrement, transforme des perceptions subjectives en décisions opérationnelles. Enfin, n’oubliez pas que la menace la plus dangereuse vient souvent de l’extérieur du secteur : garder une veille ouverte et une culture d’innovation permet de conserver une longueur d’avance.


